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La chirurgie esthétique rime-t-elle avec éthique ou médiatique ?
Docteur François PERROGON. En effet, n'importe quel médecin peut faire de la chirurgie esthétique en France : ces actes ne faisant pas l'objet de remboursement, pratiquement aucun contrôle ne s'exerce. On évalue en France autour de 500 à 600 praticiens spécialistes ou compétents en chirurgie esthétique. Pourtant 3000 à 4000 contrats assurent le risque professionnel pour la pratique de la chirurgie esthétique... Qui sont ces médecins, comment sont-ils formés, rien ne permet d'évaluer leur qualification. Au sein même des médecins compétents en chirurgie esthétique dans le cadre d'une qualification précise, certains débordent largement de leur domaine de qualification : on voit ainsi des gynécologues faire des lipo-aspirations, des ORL ou des stomatologues pratiquer plasties mammaires ou abdominales... Ce qui ne veut pas dire que ce sont tous des dangers ambulants, mais il est vrai qu'ils n'ont pas reçu, pour certains en tout cas, la formation que l'on peut souhaiter d'un chirurgien esthétique. Quant aux "médecins esthétiques", ils ne font pas de chirurgie, mais des "petits" gestes, injections de collagène, peeling, laser...etc. Là encore, impossible d'évaluer correctement leur formation en l'absence de cursus officiel. Inutile de prendre des risques supplémentaires en choisissant un praticien non qualifié : nous engageons donc les patients à vérifier auprès de l' Ordre des médecins la spécialité et les véritables compétences des médecins auxquels ils s'adressent.
Docteur François PERROGON. Nous avons tous en mémoire des exemples de complications graves voire fatales, dues à l'absence de salle de réveil ou de suivi post-opératoire. Mais ces cas sont rares, et les ratés de la chirurgie esthétique sont beaucoup plus souvent le fait du chirurgien que de l'établissement. L'enquête du Point* a établi un classement des structures privées ou publiques pratiquant la chirurgie esthétique. Mais les critères de choix peuvent être discutés. Ainsi quand l'article du Point cite une clinique ou un CHU, le service "esthétique" comporte plusieurs praticiens qui ne sont pas nécessairement tous aussi "compétents". Par ailleurs, les médecins changent souvent de clinique ou de service. Le choix doit être plutôt axé sur le chirurgien, et non sur l'établissement. A priori, un bon chirurgien s'entourera d'un bon plateau technique et des meilleures conditions de sécurité.
Docteur François PERROGON. Depuis l'arrêt de la Cour de Cassation de 1997, les praticiens doivent non seulement apporter une information aux patients, mais fournir la preuve qu'elle a été correctement délivrée. Malgré cela elle reste tronquée, et on se contente souvent de faire signer un vague papier, qui glisse rapidement sur les possibilités de complications, de ré interventions ou de séquelles. Prenons l'exemple des prothèses mammaires, pour lesquelles la demande est très forte depuis une dizaine d'années, chez des femmes de plus en plus jeunes : les chirurgiens annoncent 5% de coques qui nécessitent une ré-intervention. Or un certain nombre d'études convergent actuellement pour dire qu'à 10 ans, il y a formation de coques inacceptables (stade III et IV de Baker) dans 50 à 75% des cas. Et toutes complications confondues - infections, hématomes, coques, ruptures de prothèse, mauvais résultat esthétique...etc. - c'est pratiquement 95 à 100% des patients qui devront être réopérées dans les 20 ans. Pour ma part, je vois des femmes qui ont été opérées 3, 4 ou 5 fois ! Il est inadmissible de ne pas donner une information correcte et complète.
Docteur François PERROGON. Pour rester dans le cas des prothèses mammaires, si elle survient dans les 6 à 12 premiers mois, la plupart des chirurgiens proposent une ré-intervention "à moindre frais" : le patient règle le coût de l'anesthésiste et de la clinique, le chirurgien prend à sa charge le remplacement de la prothèse sans demander d'honoraires. Mais il oublie souvent de dire que les prothèses étant garanties 10 ans, l'industriel est théoriquement tenu de lui en retourner gratuitement si la rupture est précoce. De toute façon, même si la patiente ne paie que 10.000 francs au lieu de 25.000 lors de première intervention, la situation est anormale car sa décision initiale n'a pu être prise en toute connaissance de cause. Avant de les opérer on aurait du leur conseiller d'économiser aussi pour les ré-interventions futures.
Docteur François PERROGON. Les patients sont souvent attirés par un chirurgien connu qui consulte dans le luxe : si le chirurgien est riche, c'est qu'il est bon...sans voir qu'il est parfois plus efficace en relations publiques qu'en esthétique. Il y a heureusement des gens extraordinaires parmi les chirurgiens esthétiques, mais il y en a malheureusement trop qui "font de l'esthétique" pour gagner de l'argent rapidement. Je déconseille plutôt d'aller voir un chirurgien qui s'est montré à la télévision. Le prétexte officiel est celui d'informer les patients, mais dès que son nom est cité, cela devient de la publicité du point de vue déontologique. Pourtant, cette transgression est admise tous les jours. Par ailleurs un chirurgien présent dans les média (télé / journaux...) aura subitement une augmentation des rendez-vous : les prix vont souvent augmenter...et le temps passé pour les consultation / intervention diminuera vraisemblablement en proportion !
Docteur François PERROGON. Les experts, chirurgiens esthétiques eux-mêmes la plupart du temps, reconnaissent difficilement - on peut les comprendre - que leurs confrères aient pu commettre une faute. Les comptes-rendus d'expertise sont généralement favorables au praticien, l'expert du moment n'oubliant pas qu'il pourrait être l'accusé la prochaine fois. Un patient "raté" culpabilise d'avoir osé toucher au corps, ce qui est souvent à l'origine de dépressions réactionnelles parfois graves avec tentative de suicide. Quand ce patient déjà psychologiquement déstabilisé passe en expertise, c'est l'effondrement. Une phrase revient souvent : "C'est pourtant moi la victime, mais c'est moi qui me suis senti accusé". Une blessure de plus pour le patient s'il n'a pas à ses côtés un avocat spécialisé dans ce domaine aidé d'un médecin de recours, car il doit affronter un expert trop souvent acquis au chirurgien et un avocat adverse généralement rompu à ce genre d'affaires.
Docteur François PERROGON. Il faut dire que la pression médiatique est de plus en plus forte sur le sujet. Les critères de la "bonne apparence" sont pratiquement inatteignables voire virtuels. En fait, une bonne partie des "ratages" de la chirurgie esthétiques sont des échecs psychologiques : les patients ont surinvesti l'acte chirurgical dont le résultat ne peut être à la hauteur d'une demande si celle-ci est excessive. On peut parler pour certains de ces patients d'une mauvaise indication opératoire : le meilleur traitement aurait été un travail psychologique. En effet, derrière le désir de chirurgie esthétique, il existe souvent des éléments inconscients qu'il est bon de travailler avec un psychologue. Une partie des patients qui ont une demande de correction esthétique sont des sujets fragilisés. Le scalpel ne peut pas résoudre dans ce cas un problème existentiel. Je les encourage donc fortement à pratiquer auparavant un bilan psychologique chaque fois que possible, même s'il existe quelques réticences. Très peu de chirurgiens ont cette démarche de les adresser à un psychiatre/psychologue. Pourtant il est indispensable que le patient réfléchisse avant tout sur lui-même et sur sa motivation, sinon sa souffrance risque d'être encore plus vive après l'intervention.
Docteur François PERROGON. Nous donnons à nos adhérents toute l'information nécessaire avant une intervention de médecine ou de chirurgie esthétique en les accompagnant jusqu'à l'intervention, et au-delà si nécessaire. Nous proposons à ceux qui veulent se faire opérer un entretien préalable d'une heure au siège de l'association. La discussion porte sur la recherche du "bon praticien", les bénéfices et risques de l'intervention, les solutions en cas d'un éventuel "ratage / insatisfaction"... Nous montrons des photos d'interventions réussies... et moins réussies, des témoignages... Nous ne conseillons pas de chirurgien en particulier, mais préconisons d'en consulter 2 ou 3 sur la liste proposée par l'Ordre. Nous expliquons les différences entre "compétents" avec qualification d'origine différente, la spécialité qui existe depuis 1988... Pour choisir un chirurgien, les critères sont, entre autres, la formation, la qualité de l'écoute et de l'information délivrée, la mention explicite et correcte des risques. Bien souvent, les propositions des praticiens diffèrent de l'un à l'autre, ce qui montre à quel point cette discipline médicale manque de consensus... Nous suivons les adhérents au cours de leur démarche et les revoyons après l'intervention afin de vérifier que tout s'est correctement déroulé. D'autres personnes viennent à l'association parce qu'elles s'estiment "ratées" ou en tout cas insatisfaites. Nous suivons alors deux démarches différentes : l'une pour les aider à obtenir une réparation juridique - à l'amiable si possible avec le praticien et son assurance - l'autre pour les assister dans la recherche d'un chirurgien capable de récupérer le préjudice. Depuis quelques mois, le site Internet INFOESTH permet à ceux qui ne peuvent se déplacer d'avoir des éléments pratiques d'information et d'aide à la décision, décision qui peut engager l'avenir... |
Pour en savoir plus : AIME, association loi 1901 Siège : 49, rue PAJOL - 75018 - PARIS Tel. du lundi au vendredi de 14 h à 19 h 30 : 01.42.09.41.10 Site internet : www.infoesth.com *Le Point, N°1506, 27 juillet 2001. Auteur : Dr Maia BOVARD | ![]() |