L'expertise en question

En cas d'insatisfaction du résultat esthétique, et après une retouche éventuelle, il existe une première possibilité : le recours amiable (voir éditorial Recours amiable en cas d'insatisfaction).
Lorsque celui-ci a échoué (cas le plus fréquent), un procès peut être intenté.
Dans ce cas, un expert sera nommé par le magistrat. Lors du procès, le juge, n'ayant aucune compétence médicale, se fondera sur les conclusions de l'expert.
Ce dernier est théoriquement impartial : il s'est engagé par serment à ne favoriser aucune des parties mais certaines "victimes" remettent en cause cette impartialité.

L'expert étant lui-même chirurgien esthétique, il se doit de combattre certaines tendances plus ou moins conscientes :
  1. il peut éprouver une "difficulté" à devoir juger la pratique d'un confrère, ce d'autant que le code de déontologie l'engage à une confraternité forte,

  2. il peut se projeter dans le cas étudié et trouver quelques circonstances atténuantes là où il peut ne pas y en avoir,

  3. il est en relation plus ou moins éloignée avec le praticien incriminé au sein d'une même association de praticiens, il peut rencontrer régulièrement ce confrère lors de congrès professionnels, l'un peut avoir été l'élève de l'autre... Le monde de l'esthétique étant relativement petit, tout le monde se connaît peu ou prou. Comment convenir que son confrère X a fait une faute opératoire, voire qu'il n'a pas informé correctement le patient des risques de l'intervention lorsqu'on vient de déjeuner ensemble lors d'un congrès ?

  4. en cas de condamnation du praticien incriminé du fait d'une expertise défavorable, son assurance professionnelle devra verser une somme parfois conséquente à la "victime". Autrement dit, l'expert va presque directement nuire à cet assureur... qui est le plus souvent son propre assureur professionnel !! En effet, il n'existe globalement que deux assureurs dans ce domaine, dont l'un est nettement plus important que l'autre en terme de contrats. Statistiquement, il y a de fortes chances que l'assureur soit à la fois celui de l'expert et celui du praticien incriminé. On peut souhaiter une meilleure indépendance de l'expert,

  5. plus grave encore, certains experts peuvent être assurés professionnellement chez l'assureur A, pratiquer une expertise "impartiale" lors d'une affaire où A est impliqué et, cherry on the cake, accepter d'être le praticien conseil de A (rémunéré par lui) lors d'une autre affaire !!

Tous ces éléments montrent à quel point il doit être bien difficile de rester totalement impartial quand il existe autant de liens forts et récurrents en faveur de l'une des parties (praticien accusé + assureur commun). Les experts intègres, qui existent heureusement, ont, comme on le voit, bien du mérite.

Dans l'intérêt du patient, il est donc préférable de ne pas devoir en arriver là en s'informant de façon fiable avant de consulter...


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