Les difficultés de l'information... vues du côté praticien...

Nous avons reçu d'un praticien "compétent" en esthétique quelques réflexions concernant les difficultés rencontrées dans sa pratique à propos de ce délicat sujet de l'information des patients.
Soucieux d'ouvrir nos colonnes aux professionnels, vous trouverez ci-dessous ce texte sans aucune censure, ni modification...

"Ah! qu'il est difficile de bien informer !
Pour bien faire, il faut que la patiente ou la cliente, prenne sa décision d'intervention en connaissant tous les risques qu'elle encourt. Il est important qu'elle connaisse les risques habituels mais aussi les risques exceptionnels et graves.
Comment annoncer à cette femme jeune sans antécédent médical qu'une chirurgie esthétique des paupières réalisée sous anesthésie générale peut entraîner la mort de manière rarissime (1 cas pour 100 000), alors qu'elle est seulement dans une démarche de recherche de beauté ? La future opérée y avait elle jamais pensé ? Comment va-t-elle réagir à l'annonce ? Comment ne pas l'effrayer, la culpabiliser ? Comment ne pas donner l'impression de manquer de confiance en soi ?
Lors de la première consultation, qui dure en moyenne selon les chirurgiens entre 15 et 45 minutes, les protagonistes s'observent. Le chirurgien cherche à "sentir" la personnalité de la cliente. Il se sent bien si la personne en face de lui exprime une demande claire, pour une "anomalie" objective (un grand nez, des seins qui tombent, une culotte de cheval). Il appréciera des questions sans arrière pensée, qui ne cherchent pas à le mettre en défaut. Pour lui, la patiente idéale est une femme bien dans sa tête, avec une demande raisonnée et une relation franche de confiance réciproque.
Elle, craint que sa demande paraisse futile. Elle cherche une approbation, une compréhension de ce qu'elle ressent qui lui assurera que la bonne intervention est réalisée. Elle ne sait pas si il est "bon". Elle a peur des cicatrices, de la douleur, des complications, de l'anesthésie générale. Elle veut savoir combien ça va coûter et combien de jours elle sera indisponible.
Comment en si peu de temps, aborder toutes ces questions et aussi parler des complications graves et exceptionnelles ??? Le risque c'est de ne pas se comprendre : "Pourquoi me parle-t-il déjà des complications alors que la date opératoire n'est même pas encore fixée ? Si il me parle d'embolie pulmonaire mortelle, c'est pour me faire peur. Il ne doit pas avoir très envie de m'opérer : je ne l'intéresse pas ! Ma copine ne m'avait rien dit de tout ça : il en rajoute pas un peu ?"

Le risque d'incompréhension est d'autant plus grand que les média donnent une image de la chirurgie esthétique très banale, simple, efficace et sans risque !
J'apprécie les émissions télévisées qui montrent les ratés de ma spécialité : elles me facilitent les choses. Dans les jours qui suivent l'émission, les femmes ont tout d'un coup pris conscience que les risques existent, et ce sont elles qui posent les bonnes questions. Mon rôle est plus facile, je rassure, j'explique, je relativise, je parle du niveau de risque et des précautions à prendre. L'échange est beaucoup plus sain. La patiente déjà partiellement informée vient recueillir l'avis du professionnel. Si les infos sont claires et abordées sans faux-fuyants, la question des complications vient renforcer la relation de confiance au lieu de la fragiliser !

Pour ma part, lors de la première consultation, je n'aborde pas spontanément le sujet des complications sauf si la cliente le fait d'elle même. J'en reste à l'examen et à l'explication des modalités de l'intervention proposée, le devis, les suites opératoires habituelles. Je lui remets le document d'infos de la SOFCPRE en lui précisant que nous aborderons les complications lors de la deuxième consultation. Lors du deuxième entretien, la relation est déjà moins stressée, le document a été lu au calme et on aborde alors les points sensibles. L'ambiance est plus grave, surtout que la date de l'intervention approche et que la décision est prise.

Bref, si toutes les femmes pouvaient avoir lu vos pages avant de venir à ma consultation, les choses seraient bien plus simples. L'abonnement à infoesth.com devrait être remboursé par les mutuelles !!! et fortement encouragé par tous les plasticiens soucieux de la bonne information de leurs clientes.
Alors merci pour votre honnêteté et votre rigueur. Continuez comme ça !"


Dr , Chirurgien Plasticien, Maître de Conférence des Universités, Praticien Hospitalier, Membre de la Société Française de Chirurgie Plastique, Reconstructrice et Esthétique


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