Nous vivons une période de mutation. Hommes et femmes sont égaux - sous entendu "en droit" - nous répète-t-on à l' envi. Les petites filles peuvent se rêver en chevalier et les petits garçons demander une cuisinière à Noël. Les publicités pour les couches-culottes s'adressent aux pères. Quant aux voitures de sport, elles font de l'œil aux femmes indépendantes et fières de l'être. Bref, l'attribution des rôles sociaux selon les sexes commence à s'assouplir. Certes, on est encore loin du compte, comme nous le rappellent les statistiques sur l'inégalité des salaires entre hommes et femmes et sur la participation encore trop faible des maris aux travaux ménagers, aux soins des enfants... Mais le changement est amorcé, balbutiant et irréversible, depuis quelques décennies. Et il a des conséquences sur la vie des couples... ![]() "J'ai été élevée dans une famille où les rôles étaient bien définis, selon des modèles traditionnels. Mon père gagnait l'argent, faisait du feu, conduisait la voiture, protégeait sa famille. Ma mère était au fourneau, aux bobos, aux devoirs, elle gérait tout ce qui était de l'ordre du lien et de l'affect. Même si, sur le plan de l'intelligence et des capacités, ils se sentaient égaux. Cependant, mes parents nous ont donné, à ma sœur et à moi, une éducation très égalitaire : nous étions aussi capables que les garçons d'étudier, de voyager, de gagner de l'argent. Le message explicite était moderne: "Tu peux te débrouiller toute seule." Le message implicite beaucoup plus archaïque: "Le vrai rôle d'une femme est de s'occuper d'une famille, de donner de l'amour". Avec ce bagage, mes relations avec les hommes ont été contrastées. Jeune femme, je vivais libre, forte et indépendante, et les hommes que je rencontrais se divisaient en deux catégories. D'abord, ceux qui acceptaient mon style - "Je suis aussi forte que toi" - tout en se sentant un peu menacés. Une part de moi-même avait l'impression de les dominer, et je mettais assez vite fin à ces relations. Les autres, ceux qui privilégiaient un partage plus classique des rôles, m'attiraient beaucoup, mais je rentrais instinctivement en compétition avec eux, n'ayant de cesse d'affirmer ma force et ma capacité à me débrouiller toute seule. Très vite, ils prenaient leurs jambes à leur cou. Aujourd'hui, j'ai trouvé dans mon compagnon quelqu'un qui me résiste, me protège et me respecte. Mais notre relation s'est malgré tout construite sur des confusions. Car il est très vieux jeu sur le plan familial. Je me charge de tout ce qui concerne la famille (courses, cuisine, ménage, etc.), j'assure les transports à la crèche de notre fille, je m'occupe d'elle en dehors de ces heures, et je travaille à 80%, parce que j'aime ma profession et que je ne veux pas renoncer à cette liberté, à la fois financière et sociale. Je suis d'ailleurs restée aux yeux de mon compagnon cette femme intelligente sur laquelle il peut compter: le soir, je supervise avec lui les dossiers dont il n'est pas sûr pour son travail ! Ce système m'a certainement convenu. Pendant quelques années, j'ai eu l'impression de faire coïncider les deux parts de moi-même : mère de famille accomplie et femme indépendante. En réalité, je me suis épuisée et j'ai accumulé les frustrations. Je ne savais pas comment m'en sortir. Je lui en voulais terriblement de ne pas m'aider. Et finalement, ça a explosé... ce qui nous donne enfin l'occasion de nous interroger sur nous-mêmes, en tant qu'homme et femme, et de confronter les rôles que nous nous sommes attribués à nos aspirations profondes". ![]() Copyright © 2004 MEDIA - Tous droits réservés |